Cie Greffe / Cindy Van Acker

Cie Greffe / Cindy Van Acker

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Helder 2013

Lignes sur lignes

« Nous vivons dans un monde qui, avant tout, se compose non pas de choses mais de lignes. Au fond, qu’est-ce qu’une chose, ou une personne, sinon un tissage de lignes – les voies du développement et du mouvement – à partir de tous les éléments qui la constituent ? »
Tim Ingold - 
Une brève histoire des lignes.

Il y a dans la danse de Cindy van Acker un goût pour les flux machiniques, accompagné d’une fascination pour la géométrie. Elle travaille la synchronicité des battements, la rigueur des angles, l’évidence des alignements. Avec une attention toute personnelle aux parallèles qu’un humain peut produire avec tête, tronc, bras et jambes. Le corps devient ainsi un sémaphore produisant des signaux si précis, impliquant l’interprète de manière si pénétrée, concentrée, qu’on ne peut douter qu’ils font sens. Même si celui-ci reste énigmatique : on imagine quelque alphabet runique mis dans la chair, quelque morse patiemment déposé sur scène. Et la lente précision d’un cryptage qui nous échappe fait partie du plaisir ressenti à découvrir ces traits, pistons, aiguilles, leviers, bâtons, activés en dehors de tous les habituels déroulés de l’organisme humain.

Dans une extraordinaire exposition de la chorégraphe, Score Conductor (2012), qui matérialisait sa danse en plusieurs types d’installation plastiques, un automate activait le mouvement de quatre barres de fer pour interpréter le solo Fractie. On pense à cette machine en voyant la danseuse Stéphanie Bayle interpréter si parfaitement Helder : 30 minutes portées par la bande-son grésillante, minimaliste quoiqu’obsédante de Francisco Meirino. Impossible de dire si sa composition musicale explore l’infiniment petit ou l’infiniment grand, si le son rend les micro-frottements d’un plastique ou les craquements d’un glacier. Impossible de comprendre si ce qui crisse est l’acier d’une immense turbine, le vinyl d’un 33 tours, les parasites d’un appareil électronique sous basse tension ou le bourdon d’une ventilation. Constamment à la limite de l’intelligible, le musicien suisse enveloppe l’évolution de la danseuse avec délicatesse, et sans jamais passer devant elle.

La grâce de Helder, c’est l’intervention surprenante d’un geste pictural qui vient faire glisser cette écriture corporelle ultra-maîtrisée dans un registre plus approximatif. Et qui produit ainsi un fascinant retour du corps depuis la perfection machinique jusqu’à un fonctionnement plus humain.

Michèle Pralong

 

 Création pour «La Belle Scène Saint-Denis», en Avignon 2013, sur la proposition de Myriam Gourfink dans le cadre de sa résidence au Forum Blanc-Mesnil

 

Distribution

Chorégraphie Cindy Van Acker
Interprétation Stéphanie Bayle
Musique live Francisco Meirino
Intervention Cindy Van Acker
Durée 27 minutes
Administration Aude Seigne
Diffusion Tutu Production/ Véronique Maréchal

Production Cie Greffe

Photos Isabelle Meister